BIBI CLUB
Amaro
Pour leur troisième album, Amaro, Bibi Club nous invite à affronter les bêtes sombres qui nous guettent au détour de la vie et à embrasser la force thérapeutique d’une fureur de vivre. L’album explore la zone sensible entre l’ici et l’ailleurs, en désignant l’amour, la nature et la communauté comme seules véritables finalités. Les chansons, véritables cartographies d’un monde intérieur, prolongent la trajectoire entamée par le duo ces dernières années. Désormais sorti du salon, on danse dans un espace mental saturé de deuil et de peur, dans leurs formes les plus brutes. Après la disparition de deux proches au cours de l’année écoulée, le mantra « Je veux aimer, je veux vivre » résonne avec intensité dans chaque mélodie ; si le coeur est un lieu qui ne meurt jamais, il faut l’atteindre au plus vite.
Nourri de rencontres artistiques marquantes, de tournées aux côtés de Blonde Redhead et Circuit des Yeux, et d’une collaboration avec Calvin Johnson, Bibi Club s’aventure désormais vers l’avant-pop et l’electronic body music, tout en intégrant des éléments de dark wave et de néofolk. S’y mêlent aussi des sonorités baroques avec clavecins, trompettes, chants rituels à retenir par coeur. Soutenu par une communauté bienveillante, notamment le saxophoniste et artiste engagé Dimitri Milbrun (George Sand) et l’autrice-compositrice-interprète Helena Deland (A Different Light), Amaro permet à Bibi Club d’affirmer à la fois son intimité et son rapport au collectif.
Le duo nous entraîne dans une suite de fables chantées dont la morale se révèle peu à peu au fil des morceaux. Des figures fantastiques et des lieux hors du temps occupent ces territoires symboliques, hantés par la mort ; la mort, certes, mais aussi par toutes les forces vives du combat pour la vie, malgré les fatalités qui nous guettent dès lors que nous signons le contrat de l’existence.
C’est une longue marche, lourde de terre et de nuit, dans un univers sombre où la seule lumière provient d’un ciel en feu. Vision d’apocalypse : on s’agrippe à la main d’Amaro, figure légendaire et mystérieuse, paladin des mondes intermédiaires. Amaro devient un guide immortel, bienveillant, tourné vers la vie, mais incapable pourtant d’apaiser l’injustice persistante ; les réponses se dissimulent au fond de la rivière, et ce fond recèle le péril. Cette quête effrénée, portée par le rythme de l’album, nous maintient dans une course essentielle, urgente, impossible à interrompre. Certains descendront la rivière, mais ne remonteront jamais.