MONOLITHE NOIR
La Foi Gelée
À l’avant-garde d’une musique débarrassée des clivages instruments/machines et des chapelles de style, Monolithe Noir continue sa quête créative avec un quatrième album, idéalement positionné entre obsessions mélodiques, expérimentations sonores libérées et narrations intimes. Ces dernières années, on aura vu Antoine Messager Pasqualini réaliser un documentaire sonore marquant, Rebecca, consacré à la trajectoire libre et marginale d'une femme britannique retrouvée morte dans un village de Bretagne où elle avait refait sa vie. L’écriture de ce projet a profondément bouleversé le musicien et happé une partie du processus de composition de ce quatrième album, entamé à l’été 2023.
C’est en quittant Bruxelles pour Brest, près d’où il est né puis en devenant père que Messager Pasqualini retrouve le sens et l’amour nécessaires à la réalisation d’un disque. Revenu à une formule solitaire après Rin, disque précédent en trio, Monolithe Noir réussit à se nourrir de son travail de terrain sur Rebecca qui entre en résonance avec son prochain album. Propos et éléments sonores se télescopent pour générer deux réalisations pourtant complètement distinctes dans la forme. Ce quatrième album de Monolithe Noir est le plus chanté, le plus direct - et, alors qu’il aborde le deuil de manière récurrente, c’est aussi le plus lumineux.
De la course effrénée à travers la ville à la recherche d’un animal ami égaré (Long bridge) à la lente fouille noctambule à travers les ruelles d’un quartier pentu (Down in) jusqu’à l’explosion mystique (la foi gelée) qui vient lentement se décanter dans un bain trouble, mi-apaisant, mi-inquiétant; La foi gelée procède en une succession de montagnes émotionnelles et physiques, balisé par des « portes » invitant à une autre étape, sans préciser s’il s’agit de la suivante ou de la précédente. Sans délaisser les synthés, l’instrumentarium de Monolithe Noir glisse discrètement vers les guitares saturées et les cordes frottées, la basse s’impose comme instrument roi et la voix se faufile (Virgox) ou s’impose, frontalement (Seek you, la foi gelée). Flutter, la pièce centrale de Monolithe Noir, condense les thèmes abordés sur le disque, réunit toute une clique de musiciennes et musiciens (Clara Levy, Raphaële Germser, Isabelle Sainte-Rose, Christophe Claeys, Billy Fuller, Aurélien Auchain, Yannick Dupont) et rend hommage à celles et ceux qui nagent vers le large sans regarder derrière eux et sans se soucier de s’ils ont encore pied ou non. Si ce quatrième album a été construit de cette manière, c’est pour que son artisan puisse s’y perdre lui-même.