« Cafetera Roja, muy lindo, multicultural/Loco todo bienvenido/Vamos a los pueblos del mundo/Siempre algo nuevo con el micro en la mano » (« La cafetière rouge, si belle et multiculturelle/Une folie où chacun trouve sa place/Allons vers les villages du monde/Toujours une nouveauté, le micro à la main. »)
Ainsi rappent-ils haut et fort leur ADN dans ce titre-manifeste La Kfet, qui égrène leurs valeurs en forme d’inventaire à la Prévert. Car la voici à nouveau, cette vieille cafetière écarlate si familière, trônant depuis six albums au beau milieu de la table, ce brasero pour réchauffer les coeurs, ce totem surgi d’un claquement de doigts : « À nos débuts dans les années 2000, on jouait dans les rues de Barcelone. À l’orée d’une scène plus sérieuse, nous avons choisi au débotté, la ‘Cafetera roja’, l’objet qui se trouvait pile en face de nous dans le bar où nous nous trouvions. C’était parfait. Politiquement, la couleur nous allait au poil. Et cet emblème évoque toujours la convivialité, les moments partagés, l’énergie, la chaleur humaine… », rappelle aujourd’hui l’une des fondatrices, la chanteuse et guitariste Aurélia Campione.
Aujourd'hui, ils sortent un nouveau disque, My path, « mon chemin ».
« C’est celui à venir, celui parcouru, l’itinéraire improbable que nous dessinons au jour le jour avec nos multiples composantes… Une route que défrichons, que nous déchiffrons toujours, coupe-coupe à la main …, précise Aurélia. Un chemin surprenant, imprévisible, plein d’embûches, éclectique et très vivant, matière à réflexion et à spiritualité, une piste où se jouent nos équilibres personnels au sein du groupe… ».
La pochette du disque révèle, elle aussi, ces différents chemins, ces matériaux composites : des collages signés de l’artiste marseillaise Mona-Lumir Fabiani, qui vécut un temps à Barcelone. « Elle a recomposé un paysage inédit à partir d’éléments, de bâtiments, d’endroits que nous aimons – immeubles autrichiens, monuments barcelonais, terril stéphanois : notre Tour de Babel, notre ‘lieu commun imaginaire’ », explique Aurélia. Alors comment nous frayons-nous notre propre chemin dans ce disque foisonnant comme une jungle ? L’ébouriffant My Path s’impose comme un kaléidoscope chatoyant d’émotions, une palette de couleurs vives, où s’invitent la tendresse, la fête, l’amour et… les poings levés.
Un même morceau passe parfois d’un rap musclé à un refrain pop entêtant ; l’album alterne chansons à l’énergie rock, ballade tendre et intimiste, flamenco 2.0... Et sur chaque piste, les paroles célèbrent l’amour, et la fureur de vivre…
Car la cafetière rouge ne saurait se reposer sur son seul argument festif. Se trame en sous-texte, un tenace combat poétique et politique, loin de tout cynisme, qu’exprime cet assumé « groupe de lovers » : « À rebours de notre époque, en contrepied des peurs et des replis sur soi, nous prônons l’amour : notre façon de résister… Nous essayons de nous reconnecter à une dimension davantage humaine, de raviver l’énergie, l’étincelle qui circule entre les gens, de susciter du dialogue et du lien », martèle Aurélia. Et sur leur chemin de bohème, dans l’instant présent avec eux, nous partageons bien volontiers leurs vibrations humanistes… une tasse de café à la main !